Makiwara

IMPORTANT

Les pratiquants de moins de 18 ans ne doivent pas s’entraîner de manière excessive avec un makiwara car leur croissance n’est pas terminée.

Alors…pas de bêtises, vous avez le temps.

Maître FUNAKOSHI

Voici un « accessoire » que beaucoup considèrent aujourd’hui comme étant un vestige du passé et complètement inutile voir nuisible mais, vous allez vous en apercevoir, les choses ne sont pas aussi simples.

Avant d’aller plus loin, parlons des arguments des détracteurs du makiwara.

Ils affirment, qu’à l’origine, nos ancêtres karatékas devaient se défendre face à des samouraïs et qu’il était indispensable de fendre à mains nues les armures de ces guerriers chevronnés. Aujourd’hui, en cas d’agression, vous n’aurez pas à vous défendre face à un adversaire en armure (et c’est tant mieux).

Ils avancent également que cette méthode d’entraînement déforme les poings et, au fil du temps, empêche le pratiquant de s’entraîner car des douleurs insupportables le martyrisent.

Le dernier argument, qui est souvent utilisé par les détracteurs du makiwara, est qu’il finirait par provoquer une perte de vitesse lors de la réalisation des techniques de frappes.

Vu comme ça, cela ne donne pas vraiment envie d’utiliser un makiwara de manière régulière dans notre entraînement, pas vrai ?

Malgré tout, abordons les points positifs.

REMARQUE PERSONNELLE

Tout d’abord, je voudrais amener une petite précision avant de rentrer dans le vif du sujet.

Il est évident qu’il existe des karatékas qui n’utilisent pas, n’ont jamais utilisé et n’utiliseront jamais de makiwara et qui, malgré tout, sont des modèles d’efficacité.

Cette précision étant faite, cela n’enlève rien aux bienfaits que peut apporter le makiwara à l’adepte du Karaté-Do.

A chacun ses choix, à chacun ses méthodes.

Alors que peut vous apporter la pratique du makiwara ?

Et bien….

De la vitesse

De la précision

De la stabilité

De la confiance dans vos techniques

Une bonne notion des distances

et………..

de l’humilité

(car la mise en lumière de nos faiblesses est toujours difficile à vivre et riche d’enseignements et, pour ça, le makiwara est un champion)

C’est pas mal, pour un vieux truc inutile.

DESCRIPTION

Yoshitaka FUNAKOSHI

Avant de poursuivre, voici ce que makiwara veut dire : Le nom makiwara est composé de deux mots : maki, qui signifie « rouleau » et wara qui veut dire « paille ».

 Il existe deux types de makiwara traditionnels : le tachi-makiwara et le age-makiwara.

Un tachi-makiwara est une planche de frappe utilisée principalement en karaté pour améliorer la précision et la force de frappe. Il est planté verticalement dans le sol et sa tête, là où l’on frappe, est recouverte d’un ballot de paille, de corde ou d’un coussin de frappe.

La planche est effilée, c’est-à-dire que le haut est plus mince que la base. Cependant sa largeur reste la même de haut en bas. De cette façon le makiwara peut plier sous la pression du coup de poing et plus il plie, plus sa résistance augmente. Ainsi le pratiquant peut développer sa force de frappe sans se blesser et il apprend à frapper profondément dans la cible comme il devrait le faire contre un adversaire.

Frappe « classique » en  gyaku tsuki

Le age-makiwara est un panneau – recouvert ou non – suspendu au plafond avec une corde. On s’en sert surtout pour les coups de pied. Ce peut être aussi un tachi-makiwara monté tête vers le bas, son pied étant fixé au plafond.

La pratique du makiwara est essentielle pour développer de bons coups de poings et de pieds. En effet, trop de karatékas pratiquent uniquement « dans le vide » et ne développent pas leur puissance de frappe.

En plus d’être inefficace, ils risquent de se blesser sérieusement le jour où ils devront frapper pour défendre leur vie (j’espère que cela ne nous arrivera jamais, mais si ça arrive…) : os de la main brisé, foulure de poignet, mains ensanglantées…

Il ne faut pas oublier, qu’en cas d’agression,  vous n’avez pas le droit à l’erreur : si vous ne terrassez pas votre agresseur rapidement, c’est lui qui le fera (et je ne parle même pas s’il est accompagné…).

Le makiwara permet de développer un coup de poing qui calmera les ardeurs de n’importe qui du premier coup (bon, OK, du deuxième ça va aussi…).

Bien sûr ce n’est pas de la magie : seul l’entraînement  vous permettra d’atteindre ce but.

Quelques conseils pour la pratique :

Afin de vous donner une idée de ce qui se fait encore dans les dojos d’Okinawa, voici un lien vers une vidéo intéressante sur la pratique du makiwara ainsi que quelques méthodes traditionnelles d’entraînement (comme vous allez le voir, elle s’y entend, la « petite dame ») :

Tout d’abord pour la pratique du makiwara (comme pour le reste, d’ailleurs), il faut faire preuve d’intelligence, de mesure et de progressivité.

Commencez doucement, apprenez à découvrir cet outil bizarre avant de vous lâcher.

Au niveau technique, il est important de ne jamais perdre de vue, les points suivants:

Ayez toujours une bonne posture (conforme à ce que vous faites durant un cours technique ou de katas).

Des zenkutsu qui ressemblent à des zenkutsu, des kokutsu qui ressemblent………à des kokutsu.

Ne vous penchez pas en avant ou en arrière, en fait, la technique est (je sais…je me répète) exactement la même que le travail en ligne (kihon), il n’y a pas de différence.

Il faut avoir un bon alignement des membres supérieurs : poignet, avant bras, épaule.

Pensez à ne surtout pas lever l’épaule.

Pensez à votre jambe arrière qui doit être solide et bien ancrée dans le sol au moment de l’impact.

Pensez au contrôle de votre respiration (ne la bloquez pas en dehors d’un bref instant au moment de l’impact), inspirer au début du mouvement puis, expiration puissante au moment de la frappe (principe du kime).

Au moment de l’impact, votre position doit être la plus parfaite possible, sans quoi le makiwara va vous envoyer « balader ».

Vous pouvez aussi (et c’est souhaitable) varier les méthodes de frappe : en puissance, avec le maximum de vitesse, avec une touche « légère », en enchaînant plusieurs techniques d’affilées, etc…. à vous de découvrir les exercices qui vous permettront de progresser.

Concernant les techniques à utiliser : gyaku-tsuki (bien sur), mais aussi toutes les frappes mains ouvertes, les coudes, les techniques de frappes des membres inférieurs (mawashi-geri, yoko-geri, ushiro).

Au niveau de la fréquence de vos séances et du nombre de frappes, il n’est pas utile de terminer les poings en sang. Quand vous sentez que vos zones de frappes se fragilisent, vous arrêtez et laissez passer quelques jours afin que les choses reviennent à la normale.

De toute façon, avec le temps, vos capacités dans ce domaine, augmenteront et vous allez rapidement vous apercevoir que les « secrets » sont : une bonne technique et le travail de la vitesse.

    1. Et pour terminer, une remarque importante : les seuls qui se blessent en s’entraînant sont ceux qui ne respectent pas les consignes précédentes.

Il est primordial de ne pas oublier qu’il faut d’abord développer sa technique avant de frapper comme une brute mais de façon maladroite et traumatisante sur le long terme.

Quelques photos de makiwara :

Modèle mural

REMARQUE PERSONNELLE

Par expérience, je peux vous dire que (si vous y mettez du « cœur ») ce type de makiwara est vite dépassé.

Rien ne remplace le makiwara « traditionnel ».

Pour dire la vérité, j’utilise nettement moins mes makiwara maintenant qu’il y a dix ans, mais de temps en temps, j’aime bien me faire une petite séance (et mon ego en prend un coup à chaque fois).

Alors sans devenir des forcenés de cet instrument, il n’est pas inutile de s’y intéresser.

NOTE : Comme vous l’avez remarqué, il n’y plus de makiwara fixes au club mais les entraînements avec les modèles « portables » sont bien évidemment du même acabit.

MÉTHODE

La bonne méthode de frappe en images :

QUELQUES AVIS INCONTOURNABLES

Afin de démontrer que le makiwara n’était pas uniquement utilisé par les karatékas d’Okinawa, voici quelques lignes extraites d’un article écrit par sensei GAKU HOMMA du Nippon Kan de Denver (Colorado, USA), qui nous parle de sensei SAÏTO Shihan (un des élèves direct de Morihei UESHIBA, fondateur de l’Aïkido) et qui nous décrit la vie et les méthodes d’entraînements de ce fidèle de Maître UESHIBA :

« En ce temps là, la norme voulait que la plomberie soit à l’extérieur et les toilettes de la famille étaient adjacentes à la maison. Juste à l’extérieur des toilettes, se trouvait un makiwara (un poteau matelassé et rembourré utilisé par les karatékas pour s’entraîner à frapper).

Une année, durant un séminaire que SAÏTO Shihan a tenu à Denver, il nous dit que quand il était jeune il pratiquait le karaté. Je lui demandai pourquoi le makiwara se situait à la sortie du cabinet de toilette. Il nous répondit que c’était une part de son programme d’entraînement personnel : il devait frapper le makiwara dix fois chaque fois qu’il venait pour utiliser les commodités et dix fois chaque fois qu’il en ressortait. »

Et pour finir, ce qu’en disait une des figures du Karaté-Do, à savoir Maître Anko ITOSU

« Les mains et les pieds sont importants et devraient donc être entraînés à fond sur le makiwara. Pour ce faire, relâchez vos épaules, dégagez vos poumons, rassemblez vos forces, agrippez le plancher avec vos pieds et centrez votre énergie intrinsèque dans le bas de l’abdomen. Pratiquez avec chaque bras une ou deux cents fois. »

Par conséquent, si les plus grands experts reconnus des Arts martiaux, en Aïikido comme en Karaté-Do, ont utilisé le makiwara afin de progresser dans la maîtrise de leur Art, nous pouvons penser (à notre modeste niveau), que cela devrait aussi être positif pour nous.

Alors……….à vous de jouer.